Pétition : LIBÉRONS IMMÉDIATEMENT APOLLINAIRE !

 

     Admirateur de l’œuvre comme de son regard sur le monde, un regard qui féconde tout l’avenir des 20e au 40e siècles, je lance aujourd’hui une pétition pour faire sortir le poète Guillaume Apollinaire de prison. Il est inadmissible dans une république de droit qu’un écrivain et ami des arts soit inquiété et incarcéré pour une affaire au mépris total de la présomption d’innocence et de la liberté d’expression, tout tient à un malentendu qui sera vite dissipé si on le laisse s’expliquer sans pression et si on se décide à faire avancer véritablement l’affaire en s’attaquant vraiment à qui mena ce malheureux forfait. L’Histoire et la Justice verront bien qu’il s’agit du contraire de l’art, puisqu’un Nationalisme revanchard a seul conduit un cambrioleur loin très loin d’une fantaisie de moustaches ou de calligrammes à fontaines poétiques.

    J’aurais volontiers demandé que le livre pourtant excellemment écrit et composé de Franck Balandier soit soumis à la censure : son Apo - à la suite ou façon d’un Raphaël Jerusalmy mettant en scène avec Les obus jouaient à pigeon vole le poète sur le front en mars 1916 sous son surnom de bateau-ivre Cointreau-whisky - a osé présenter les faits sous un jour falsifié et imputer le vol de la Joconde à deux compères braques, dont Guillaume, et on y est, on est à sa place, dans les couloirs et la nuit du musée par cet été onze et de fil en aiguille cela fait admettre la culpabilité de mon client, euh du grand poète, dont je vous dis qu’il n’a rien à voir avec cette histoire de vol d’un tableau du Seizième, quoi Auteuil, c’est dans le Seizième ? Je vous parle du siècle… Vous savez bien, vous savez tous, que notre Apollinaire est passionné d’art primitif ou d’art contemporain ou d’art à venir et nullement entiché des beautés d’une Renaissance dont il n’a que faire. Des statuettes africaines, oui, des toiles de Braque et Picasso pour ses murs cubistes, oui, mais le sourire de Mona Lisa, non, ce n’est pas sérieux, ce serait comme supposer qu’André Malraux a fait du trafic d’œuvres d’art dans sa jeunesse avant d’être ministre de la Culture.

Apo et Obus

     Finalement en lisant plus avant le « roman » de notre impertinent F.B., je m’aperçois qu’il œuvre par sa construction narrative élaborée d’une intelligence de chat à retomber sur ses pattes et que mon motif de censure s’évapore. Autre signe d’intelligence ou de précaution quand il nous engage d’emblée à « démêler le vrai du faux ». Je suis sensible aussi à votre argument de défense complète de la liberté d’expression littéraire et artistique. N’est-ce pas cependant de sa part une provocation alors que notre monde moderne et très précisément de la dernière contemporanéité souffre de la multiplication des « fake news » et que la dernière salubrité publique est la vérification des faits en chasse indispensable pour l’établissement de la vérité, en supposant que le déterminant défini singulier soit le plus approprié. Hasard ou pas, vent qui arrivait ? j’ai composé naguère deux tomes très autobiographiques pour les Ailes des Châteaux où je jouais d’hypothèses fictives et parallèles sur ma vie où le lecteur pouvait opter ou pas pour la réalité d’une vie, mais deux autres tomes sont venus où je m’éloigne de mes petits secrets pour concevoir des fictions qui n’ajoutent pas des voiles de complexité aux personnes réelles du présent ou du passé.

          « Pour l’essentiel, l’homme est ce qu’il cache : un misérable petit tas de secrets. », disait l’auteur des Noyers de l’Altenburg pendant la Seconde Guerre Mondiale, le Malraux déjà invoqué. Monsieur Balandier, lorsque de chapitre en chapitre, de Zone en Zone, vous convoquez tout un tas de ces observations corporelles indiscrètes fictives ou supposées, en lien avec une sexualité qui affleure et se justifie d’écrits érotiques du poète, c’est cru dites eh, est-ce que vous avez le désir d’une vérité sensorielle de l’explication et du dépliement d’une existence ? Est-ce que vous n’aplatissez pas la dimension créative, créatrice, qui fait l’unicité de l’apport d’un tel géant des Lettres et des Arts, en le rabattant sur la somme des données d’un corps dans le monde à un moment livré, sur une « zone » de quelques centimètres de chair et de peau ? Du reste, votre collègue Jerusalmy n’aplatit-il pas aussi la silhouette immense de Guillaume en le faisant vivre en prose et prosaïsmes d’un journal de bord, comme sous nos yeux et comme avec nos yeux, et avec les yeux de qui fit les lettres et poèmes à Lou, enamouré de sa Lou, des obus et des étoiles ? « Et si APO n’était qu’un prétexte, Gilda, pour parler des autres ? » demandez-vous, confiez-vous, Franck, mais alors qui sont ces autres ? Est-ce vous-même, est-ce votre lectrice, est-ce Gilda, est-ce Mona, vos lecteurs, vos contemporains, tous les êtres et fantômes que vous avez croisés dans votre vie et que vous apostrophez pour les mettre debout devant vous et construire avec les morceaux d’un qui fut il y a cent ans la tour qui vous constituera ? le château qui nous constitue ? Le labyrinthe ou la pyramide qui nous trouve et nous perd.

   D’où vient ce sentiment, mon sentiment que vous nous priviez de la version même d’Apollinaire sur sa guerre, sur ses années qui ne furent que de jeunesse hâtée ? alors que l’écrivain nous en donna la version qu’il voulut nous donner à la hauteur de son regard sur ses amours et sur la guerre, avec les flamboiements et les retombées qu’il a choisi d’éclairer ou de laisser dans l’ombre ? ou que vous nous priviez de notre version d’imaginer en tant que lecteur des textes parcelles de Guillaume l’entièreté de sa vie d’homme, de soldat, de poète, d’amoureux ? Hypokrites auteur mon frère qui semblant fais de ne savoir que je te suis. Puis-je me résigner en admettant que « La mystification est éminemment créatrice. », que « Tout aventurier est né d’un mythomane. » ou pour le dire en dix mots : « Ce n’était ni vrai ni faux, c’était vécu. », toujours avec celui qui traquait l’humaine condition dans fabulations, affabulations et sens du sacré, à résumer en les deux termes du « mentir vrai » d’un certain Louis A. Avec l’obscure clarté de l’oxymore pour forcer la porte de la vérité complexe d’hume ondes. Est-ce que je dois remettre en cause ma vision des poètes et de la poésie, de considérer encore et toujours que tout acte poétique est un regard levé vers le ciel, porte une élévation, une sublimation, une transcendance ? Est-ce qu’il n’y aurait pas à entrevoir la possibilité de coexistence des deux moitiés de l’art, le tas et le Tout, les bas et le haut ? les deux postulations comme dirait Charlie ?

    Si je maintiens ma volonté de lancer une pétition pour faire libérer Apollinaire ? Si. J’entends bien ce que vous me dites que je cède là à une mode de faire appel sur tous les sujets au remuement et à l’agitation des réseaux sociaux, j’entends bien quand vous remarquez qu’il est absurde et même idiot de demander la libération de quelqu’un qui fut retenu quelques jours seulement et il y a plus de cent ans et dont l’innocence a été reconnue comme un fait acquis de la Justice comme de la Littérature. J’entends quand on y pressent une manière communicationnelle moderne et ludique de mettre en avant des écrits commémoratifs ou comme commémoratifs comme votre Apo ou mon Galop bleu de la beauté. J’entends tout cela, mais il tient du miracle, ou du sortilège de toute narration, et en particulier quand elle est réussie comme la vôtre de nous faire entrer dans les problématiques vôtres et de nous mettre martel et Apo en tête, votre Apo, un Apo d’Apocope ou d’Apocalypse, de figure de style où vous faites entrer une manière de vie et d’illusion de vie qui nous met le doute les doutes en nos esprits embrumés, prenons garde de n’attraper nous aussi cette grippe qui mit fin à plus de poètes et de soldats que la guerre elle-même… Je vous demande, vous Franck, vous Gilda, vous Mona, vous Michel et Abdellah mes voisins de café, vous Wilhelm, vous Louise, et vous et toi, de signer et de faire signer cette pétition pour la libération immédiate et inconditionnelle du poète Apollinaire.

     (Chacun peut-être a son Apo, - comme l’Apo apothicaire à la recherche de bonheur par Régine Detambel - son Apol, son Harpo, son Harpol, son Apollinaire. J’en ai pas plus étrange qu’un autre fait d’ombres, de nombres et de couleurs. O ces belles bleues belles rouges dans le ciel. Lire sous les différentes couches de chaux la date cellulaire de Guillaume 11.09.11 puis sa date tombale 09.11.18. Hier par Saint-Laurent et nuit d’étoiles filantes, le 10.08.18, alors que l’ami Pascalou jouait à Cachan ses harmoniques sur une scène vespérale, on me fit voir un graffiti « Louis 1905 » au début de l’escalier descendant vers la cave aux bouteilles millésimées, 1905 ? n’est-ce pas la date de la fameuse loi de laïcité en lieu avec le dénommé Aristide au nom de la longue avenue ? Louis ne serait-ce pas un pseudonyme de Guillaume l’amoureux de Lou ? N’est-ce pas ce Louis qui fit romans, poésie, chansons du Paysan de Paris à L’Affiche Rouge au Roman inach… ? Mon esprit commençait à s’échauffer, je l’avoue, comme au temps de ma jeunesse où m’était venu le projet d’écrire la vie du neveu de Joachim, trop tôt disparu ayant envoyé sans réponses ni répons tous ses poèmes épistolaires à son oncle Renaissant... Mais voilà que notre hôte nous annonce son projet de créer l’information que les hommes du Général Leclerc arrêtèrent un moment leurs chars devant le divin troquet… avant de repartir glorieux pour la lumière de la Porte d’Orléans et de Paris libierré, libéré. L’hôte affable, langage soutenu et jeu de mots, m’arrêta de suite lorsque je sortis le mot Phèkniouz d’avertissement, là c’est pour sourire ou pour rire, on voit manifestement la dimension humoristique. Pauvres de nous, que faisons-nous avec ces tonnes de récits humoristiques, tragiques, romantiques, absurdes, néo-réalistes, chaque jour s’ajoutant aux récits ajoutés vers après vers, ligne après ligne, de page ou de front, anecdotes, épopées, légendes de siècles ou livres d’heures ?...)

 

     Laurent 3D55 Texte y356 écrit dans un petit café de L’Haÿ-les-Roses le 11.08.18. Peaufiné adomicile le soir même.