LECTURE ET ÉCRITURE , DES PLAISIRS VOLONTAIRES  ET DES DISPOSITIONS

À la lecture du poème écrit :

Vous poserez un regard critique en abordant le texte de façon à vous demander ce que, à votre place, un lecteur novice ou expérimenté pourrait éprouver à la lecture du poème. Interrogez-vous sur ce qui fait qu’on sera « accroché » par un vers ou plusieurs vers, par la figure d’un personnage, ou d’une situation, voire d’une intrigue s’il y en a une ou d’une tentative d’habileté stylistique.

Le travail autour du thème est un préalable à la réflexion :

Sans faire un éloge purement gratuit de la liberté , vous pourrez aborder la question sous divers angles et demandez-vous comment prendre contact avec ce continent nouveau qu’est la liberté qui n’est pas une réalité  philosophique et littéraire à prendre à la légère.

Des supports de travail préalables au texte futur :

Vous pourrez noter des impressions, des impressions de quelque chose qui dépasse, déroute, étonne, irrite, force l’admiration  dans la liberté, afin que ces impressions nourrissent votre propos et que s’en dégage une  ou deux idée(s) maîtresse(s), constituant ainsi des repères de sens dans votre poème.

Disons-le d’emblée, un poème ne s’écrit pas sur le pouce, mais avec les sentiments de sincérité retrouvée et s’élabore sous un regard de critique.

Une honnêteté travaillée vis-à-vis de soi-même  à l’aune du poème et des mots choisis :

Efforcez-vous de faire naître de la vérité dans le texte, votre vérité ou une vérité qui vous semblerait applicable en général au thème de la liberté en vous appuyant sur le répertoire de mots fournis en annexe. Ces choix de mots, libre à vous ou non de les intégrer en partie évidemment à votre production, néanmoins il sera impératif de glisser dans votre texte au moins une fois le terme liberté pour les acrostiches puisés dans le réservoir de mots, afin de personnaliser l’univers de votre imaginaire poétique.

Soigner votre style c’est lui qui vous définira en premier dans cet exercice d’écriture poétique :

Car ce qui compte avant tout, en dehors du sens évident du poème, c’est la manière dont vous allez décider du style éprouvé pour l’occasion d’un poème.

Préparez-vous à aligner des mots, des expressions puis des phrases. N’hésitez pas à enlever les vers dont vous n’êtes pas satisfaits et à les reformuler. Ce qui importe avant tout, c’est la fierté ressentie, dans le texte écrit par vos soins, du travail bien conçu et satisfaisant à toute critique de vue à commencer par  l’opinion de vos camarades. Essayez au maximum de peser le poids de vos mots comme un orfèvre pèse son pesant d’or fin. Soyez délibérément précis dans vos choix de termes.

La poésie est un cadeau de la nature faite à l’être humain, car elle est la matière première d’une identité qui dans un premier temps commence avec l’enfance. Puisez déjà dans votre mémoire pour alimenter en images le texte et privilégiez des instants d’existence que vous organiserez en séquences librement créées qui aboutissent au poème final.

Un style trouvant sa forme dans l’adéquation au contenu :

Choisissez la forme qui vous ressemble le plus. N’essayez pas de « faire » beau là où l’image ne viendrait pas enrichir votre propos. Mais essayez de coller au plus près de vos compétences et talents d’écriture en privilégiant votre allant et votre personnalité propre.

Cela dit un style trouve sa forme dans une recherche d’esthétique qui s’appuie sur des règles fixées d’avance. L’écriture n’est pas qu’un travail solitaire et ces règles peuvent être intégrées dans un travail de préparation collectif.

Dans ce cas, il serait bon de préserver les trouvailles individuelles comme autant de découvertes et de désir de recherche abouties, mises en contact avec le fruit des entretiens collectifs examinés et recueillis lors du travail de rédaction collectif.

Un médiateur pour l’écriture collective :

La maîtrise des techniques de rédaction est évidemment à mettre à l’actif du professeur qui joue le rôle de médiateur entre les élèves et l’éditeur. Il s’agit d’un accompagnement  dans la relation professeur/élève qui ne passe pas autoritairement par la conformité à  des directives embarrassantes. Il convient  plutôt de réserver aux contraintes la part relative qu’elles contiennent : ce sont des conduites souples qui prennent pour raison d’être un enracinement dans la matière d’un réservoir de mots. Ce répertoire de mots est indicatif, mais la nécessité de l’employer appartient à la  proposition de L’Association du Verbe Poaimer qui l’inclut dans sa démarche d’invitation à écrire sur la liberté.

Combien de temps accorder à l’écriture du poème ?

Pour réaliser complètement  son poème, le temps est un paramètre à ne pas négliger. Est compris dans ces exercices personnels  ou d’activité collective tout le travail de préparation, d’imprégnation, de correction et de mise en forme définitive de son texte.

Dans le cas d’une incitation à écrire collective, il revient à la médiat(rice)(eur) de mettre la touche finale à l’organisation du texte avec l’accord et l’assentiment des élèves dont les corrections faites doivent recevoir une motivation de la part du médiateur.

La disposition d’un répertoire de mots :

Le répertoire de mots peut entrer en résonance ou pas avec l’auteur. Ils sont la matière de son œuvre et déterminent un axe d’écriture par quoi le souci du style ne puisse contrevenir à l’inspiration poétique. Ces mots choisis dans le dictionnaire de langue forment un socle commun de connaissances et sont proposés à l’attention de l’auteur. À lui de se souvenir de fragments d’idées ou de sensations mises en action par le(s) mot(s) . Ou au contraire, à partir de ses émotions présentes, il fait advenir des mondes sous la plume de ces mots, devenant ainsi le créateur de ses mondes à quoi sa  conscience de poète se rattache et trouve un terrain d’expression poétique.

Les règles du savoir écrire : la ponctuation :

À l’oral, l’on dispose de divers moyens de se faire comprendre et les soupirs, les gestes, les mimiques, les intonations  sont des ressources non verbales qui trouvent un écho visuel dans la page d’écriture par l’emploi de la ponctuation. C’est elle qui marque la respiration, comme les pauses musicales dans une partition constituent une écriture musicale élaborée en système de signes, elle rythme la phrase ou le vers.

Ce système idéographique de la ponctuation  ne cesse d’accompagner le texte écrit. Elle assure une double fonction fondée sur la logique et l’intelligence. Ainsi le découpage  des unités syntaxiques s’organise et opère une hiérarchie. La ponctuation assure les liens à l’ensemble de la phrase, du vers et des strophes, de la page, elle rompt la linéarité de la chaîne parlée du discours, elle vise la restitution quasiment musicale, des inflexions, des nuances, des intonations de la voix.

Un texte qui utilise à bon escient la ponctuation consacre l’émancipation de l’écrit par rapport à l’oral. L’histoire de la ponctuation recoupe celle des pratiques de lecture, son développement accompagne celui de la lecture silencieuse.

La lecture intimement liée à l’écriture :

L’écriture et la lecture ont ceci en commun qu’elles ont le pouvoir de manifester, grâce à l’inépuisable combinatoire des signes, un lien entre la pensée et la voix, l’œil et l’oreille ; seul l’initié détient ce pouvoir que son déchiffrement soit laborieux ou fluide.

Là où la lecture nécessite un apprentissage plutôt sonore (n’oublions pas qu’à la base, l’Antiquité grecque et latine pratiquait la lecture à voix haute), l’écriture exige davantage des propensions au silence ; les deux activités bien que distinctes et exigeant des apprentissages plutôt sonores pour la lecture, plutôt silencieux pour l’écriture, sont toujours fondées sur l’effort consenti dans l’étude, ce que confirme  la méthode, même si elle est ludique,  du  jeu par l’écriture employée par l’Association du Verbe Poaimer.

Les modes de lecture silencieuse créent entre le lecteur et le texte une sphère d’intimité ; « écrire » prend alors le sens de composer. Affirmerons-nous en écho à Henri Michaux et crânement comme lui : « Peindre, composer, écrire : me parcourir. Là est l’aventure d’être en vie » ? De façon moins ambitieuse, on pourra penser que écrire c’est toujours se déplacer d’un point à un autre. Les productions imprimées du Verbe Poaimer suivent les préceptes consentis dans cette relation texte/lecteur même si, d’une manière générale on le sait, l’imprimé tout en provoquant « l’étouffement des échos de la voix vive », permet une lecture qui diffuse (en masse) en s’affranchissant de la voix qui peut à outrance être une servitude ou avoir été considérée comme telle autrefois dans nos sociétés occidentales.

La lecture comme imprégnation de l’auteur :

La lecture en tant qu’activité de l’esprit est silencieuse et autorise le dialogue anachronique avec des auteurs disparus et dont la transmission  de leur œuvre s’est faite par la diffusion de leur production au-delà des frontières géographiques ou linguistiques circonscrites au lieu  d’écriture de leur œuvre. À travers les œuvres multiples, on peut percevoir des correspondances entre des auteurs, qui d’une manière un peu vertigineuse, semble-t-il, se reconnaissent dans la voix d’un auteur dont on pourrait dire qu’il « s’inspire » de leur lecture. Ces correspondances signalent une parenté de caractère presque fantastique et plutôt que de placer l’auteur précurseur comme un visionnaire, cela atteste davantage d’une affinité de pensées et de vues qui se démarquent de ce que l’on pourrait appeler le « plagiat ». Le livre et sa lecture font apparaître autant d’images, monde reconstitué à partir de ses promenades livresques ou faisant émerger des souvenirs  qui façonnent des lecteurs devenus des « âmes fortes ».

Quant à la page blanche, le lieu de tous les possibles, elle est un lieu-dit pour l’écrivain et son lecteur. Elle est un levier d’initiatives poétiques, un espace d’appropriation des modèles du réel existant  et par la mise en forme d’un « chantier » organisé de mots, choisis pour leur qualité de distinction, pris dans un réseau de sens et obéissant à une nécessité, la page blanche se pare d’une couverture étoilée au fur et à mesure que se construisent les périodes de phrases, élaborées à partir de la langue des mots, modelant un univers assemblé et unique.

Pour l’Association du Verbe Poaimer la Secrétaire et conseillère à l’édition