QUI A CRÉÉ LE BATEAU-VILLE ?

    La ville L’Haÿ-les-Roses et l’association de création poétique Le Verbe Poaimer lancent une vaste enquête notamment sur les réseaux sociaux pour retrouver qui a créé le Bateau-Ville, installé depuis la Fête du Patrimoine 2011 à l’étage de l’Auditorium Dispan de Floran.

     Formulons ou reformulons les hypothèses sur le créateur / les créateurs / la créatrice de la maquette géante et diffusons ensemble l’avis de recherche, avec quelques pistes pour les contacts à établir.


HYPOTHESES SUR LE BATEAU-VILLE

     7 hypothèses etc

Première hypothèse : le Bateau-Ville aurait été une maquette pour un plateau de cinéma ou un décor pour une pièce ou pour un film, avec ouï que trois ou quatre Bateaux-Villes existeraient de par le monde.
Contacter les productions de films et de théâtres....

Deuxième hypothèse : le Bateau-Ville aurait été créé par un prisonnier ou des prisonniers par exemple dans un atelier réservé aux activités manuelles.
Contacter les directions des prisons en activité avant la fin des années 60....

Troisième hypothèse : les maquettes de bateau y sont consacrées en ex-voto avant le départ des marins pour les protéger d’un péril maritime. Serait-ce ici quelque ex-voto d’une façade maritime ?
Contacter les associations patrimoniales de villes portuaires...

Quatrième hypothèse : le Bateau-Ville serait l’œuvre d’un passionné travaillant d’arrache-pied et d’arrache-main par maints dimanches et soirées.
Contacter les associations de maquettistes, d’artistes professionnels ou amateurs...

Cinquième hypothèse : ce serait un Chef d’Œuvre d’un Compagnon artisan ou une œuvre dans cet esprit. Ce serait une œuvre d’une école d’art, œuvre individuelle ou collective.
Contacter des associations d’artisans, des écoles d’art...

Cinquième hypothèse : ce serait une œuvre avec un message à décoder pour l’ensemble de sa construction comme dans ses détails, un diamant dont les diverses facettes convoquent un monde là et absent...
Contacter des associations de sémioticiens, de chercheurs philologiques, de passionnés d’ésotérisme

Sixième hypothèse : un Bateau fantôme, un Bateau royaume, un Bateau d’absentes paumes, un Bateau d’outre psaumes, un Bateau arche perdue et retrouvée, un Bateau stellaire, un Bateau cosmique...
Contacter les auteurs, les poètes, les aventuriers...

Septième hypothèse : un Bateau venu d’un monde parallèle, au-delà des quarantièmes rugissants...
Contacter auteurs de récits fantastiques ou les quêteurs d’autres mondes...

Hypothèses ad libitum
Contacter les faiseurs d’hypothèses...

     Texte y147 par L3D54 à L’Haÿ-les-Roses le 7 mars 2018.

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UNE OCCASION DE VOIR LE BATEAU-VILLE !
    Mercredi 28 mars, Atelier de dessin, puis d’écriture à partir de 8 ans et tout public, dès 15h, «Le Bateau-Ville, du pinceau à la plume»
     Atelier de dessin à l’étage de l’Auditorium Dispan de Floran de 15h à 16h animé par des bibliothécaires – goûter de 16h à 16h30 -  atelier  d’écriture de 16h30 à 18h, "Le Bateau-Ville en Fantastique et Poétique !", atelier animé par des poètes du Verbe Poaimer, de récits ou de poèmes par observation du Bateau-Ville, la maquette géante de L’Haÿ-les-Roses visible au foyer de l’Auditorium au centre ville de L’Haÿ-les-Roses.     
     Centre ville, angle rue du 11 novembre et rue des Jardins à L'Haÿ-les-Roses

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UNE OCCASION D’ECRIRE LE BATEAU-VILLE !
     Concours francophone d'écriture : À la poursuite du Bateau-Ville
- appel à textes en prose et en poésie
     Concours francophone d'écriture, comportant 2 grands prix de L'Haÿ-les-Roses pour les adultes, l'un de prose, l'autre de poésie - Un grand prix de 150 euros, le second 100e, le 3e 50e pour la poésie. Un grand prix de 150 euros, le second 100e, le 3e 50e pour la prose. Un total de prix de 600 euros avec le soutien financier de la ville. Le jury sera formé d'auteurs et de personnalités de L'Haÿ-les-Roses.
Prix « Brigitte et Laurent du Bateau-Ville » Poèmes du Bateau-Ville : de 14 à 20 vers.
Prix « Annie et François du Bateau-Ville » Proses : de 20 lignes à 200 pages...
     Participation gratuite pour jeunes et adultes. Possibilité de cotiser à notre association du Verbe Poaimer pour 10 € en 2018 et de se procurer nos ouvrages de poésie pour faciliter nos activités en faveur de la création poétique.
     Les professeurs des écoles pourront aussi faire imaginer et écrire des récits d’aventure ayant pour cadre fantastique le Bateau-ville. Un concours de dessins sur le thème du Bateau-Ville pourra compléter le concours littéraire, avec la participation d'enfants/élèves de L'Haÿ-les-Roses, observant la maquette, pour des détails de l'œuvre - les maisons pittoresques sur le flanc - comme pour son apparence et architecture d'ensemble.
      Compte Facebook L’Haÿ-Culture + Blog du Verbe Poaimer + Page Facebook du Verbe Poaimer + Site de la ville L’Haÿ-les-Roses

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L’AVENTURE DU BATEAU-VILLE

ELEMENTS HISTORIQUES, TECHNIQUES, ARTISTIQUES ET LITTERAIRES

     La maquette est exposée dans le Hall de l’Auditorium de la ville de L’Haÿ-les-Roses depuis la Fête du Patrimoine en septembre 2011.
     Un diaporama « Le Bateau-Ville » retrace l’historique et l’aventure du Bateau-Ville, il a été conçu par deux Michel : Michel Briant en a composé la musique et Michel Benalal le long et beau poème qu’il lit lui-même. Son texte avait paru dans La Ballade du Bateau-Ville, Le Verbe Poaimer, 2013, publication qui avait reçu une aide de la Maison des Associations Culturelles de L’Haÿ-les-Roses. Le diaporama « Le Bateau-Ville » a été présenté une première fois à la Bibliothèque George Sand en 2017.
     Nous le présenterons aux enfants, aux jeunes, à toutes personnes intéressées à l’Auditorium Dispan de Floran le mercredi 28 mars 2018 à 16h30 avec l’animation qui aura commencé dès 15h : « Le Bateau-Ville, du pinceau à la plume », dans le foyer de cet Auditorium où le Bateau-Ville se donne à voir.
    Philippe Daverat a proposé une version musicale du poème « Le Bateau-Ville » d’André-Michel Benalal, Philippe Daverat, avec « La Compagnie Vincent Philippe » et l’association « Les Amis de Bernard Chasse » a mis en musique nombre poèmes de poètes du Verbe Poaimer, avec guitare et talent.
    En mars 2018 les éditions Unicité publient Des Chiffons de Javel...aux ardents poétiques, dont un des chapitres est consacré à des poèmes d’élèves sur le Bateau-Ville, inspirés par un poème de Bernard Chasse poète référent en 2014 dans un collège francilien. Le livre est présenté à la bibliothèque George Sand le samedi 24 mars à 15h30, une signature aura lieu au Studio Presse rue Jean Jaurès à L’Haÿ-les-Roses le samedi matin 14 avril et une semaine plus tôt à la librairie « L’Instant » au 118 rue de Lourmel à Paris 15e à 16 h avec un « goûter de l’ardent poème » samedi 7 avril 2018.

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Les protagonistes de l’histoire de la maquette

Les propriétaires successifs du Bateau-Ville
     Donation de la maquette par la famille Dyrek  à la ville de l’Haÿ-les-Roses en l’an 2000. François Dyrek emmène la maquette à L’Haÿ-les-Roses vers les années 1990, que son ami Romain Bouteille, comédie, auteur, cofondateur du Café de la Gare, lui avait donnée. Brigitte et Laurent ont été les « gardiens » du Bateau-Ville pendant toutes les années 90 dans une maison de L’Haÿ-les-Roses aux confins des villes.
     En 1968 Romain Bouteille avait acheté la maquette à Alain Bavoux et Jacques Fivel et l’expose pendant des années au théâtre du Café de la Gare à Paris pour le bonheur des spectateurs et des artistes de ce lieu de création mythique d’après mai 68.

L’équipe de restauration du Bateau-Ville
Etudiants de l’école de Condé : Blandine Budry, Marion Dindeleux, Fanny Fernandes, Anaïs Folliet, Raphaelle Grolleau, Léa Guitton, Guillaume Jousserand, Guillemette Lardet, Élodie Maze, Elodie Paquet-Kremer, Zoé Vangindertael
Responsable du chantier : Olivier Nouaille
Encadrants : Stéphanie Teyssier et Hélène Wallart
Responsable du Patrimoine de l’Hay-Les-Roses en 2010 et 2011 : Ghylaine Péry
Intervenants extérieurs : Dominique Corbin, Jacques Fivel, Pierre Froissac et Michel Llopis

Étés 2010  et  2011 Durée totale : 4 mois, soit environ 3 000 heures
Partenariat Ecole de Condé, Paris Bastille
Chantier école en conservation / restauration

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Le Bateau-Ville

     Au milieu d’un sombre garage / Un objet de bel âge / Sorti de l’ombre, se dessine un bateau… / Pas n’importe quel bateau ! / Car Il ne prendra jamais l’eau. / C’est une maquette fantastique. / Un bateau ville aux couleurs oniriques. / Une véritable coque jaune, prisonnière de la mer. / Des vagues immortelles le font flotter. / Il est propulsé par mille rames enragées / Qui lui donnent un air de galère. / Cependant la ville qui le domine / Fourmille de maisons multicolores / Agrippées à une forteresse. / Leurs formes sont d’une grande richesse, / L’une couronne, l’autre cœur. / Les enseignes désignent des coiffeurs, des tailleurs et autres vendeurs. / Plus haut sur la muraille, / Une fête foraine en pagaille / Surplombée de mats et de voiles. / Plus haut encore, une ville fortifiée / D’un bleu sombre étoilé, / Semble dormir à jamais. / Catapultes et canons / Décorent l’avant du galion. / Résonnent alors les complaintes / D’une civilisation éteinte.

par Elodie PAQUET-KREMER
In La Ballade du Bateau-Ville, Le Verbe Poaimer, 2013.

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     “ C'est en quelque sorte le bateau fantomatique des siècles passés où ne vivent que les âmes des gens qui ont vécu l'océan. Les Vikings conquérants, les caravelles d'explorateurs, les galères de misère, les vieux gréements, la défense des terres avec ses grands forts, la mer de vie avec ses commerces et sa pêche, les temps modernes avec la vapeur et les croisières ; autant d'éléments qui nous font voguer avec lui. Les seules présences figurées sont celle de la Vierge Marie avec ses couleurs bleues et blanches, qui est souvent la protectrice des pêcheurs et une image de bohémienne à l’avant du bateau.
     Ce bateau est angoissant car il renvoie une atmosphère oppressante, un effet de fête en suspens, un climat de mort avec ses milliers de galériens, son cimetière de bateau, ses hautes murailles et l'ambiance pesante d'une nuit en mer.
     Cependant on aimerait s’y promener pour visiter la salle des machines, prendre les commandes du bateau, se balader le long des murailles et des boutiques, après être passé faire un tour dans la fête foraine et l'église avant d'aller dormir dans les chaumières des pêcheurs.
     En regardant ce « bateau rêve », chaque personne sera capable de prendre la barre de son imaginaire pour voguer le temps d’un songe avec lui. En effet, ce bateau touche la corde sensible des gens qui le regardent, il évoque à chacun un rêve différent. Il est donc important que cette mise en cale pour restauration permette un jour de le rebaptiser et d'effectuer sa remise à flot en la ville de L'Haÿ-les-Roses. Un bateau ville dans une mer de roses cela ferait un bel ensemble poétique.”  par Elodie MAZÉ
In La Ballade du Bateau-Ville, Le Verbe Poaimer, 2013.

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     Dans le livre La Ballade du Bateau-Ville, on trouverait d’autres textes d’étudiants ayant œuvré à la restauration du Bateau-Ville ainsi que des poèmes et des chansons de poètes sollicités par le Verbe Poaimer.
     Gilles Dyrek présente une notice biographique du comédien François Dyrek dont la carrière filmographique et théâtrale est retracée par François lui-même dans un texte en prose.
     Un premier historique sur le Bateau-Ville, sur le Café de la Gare et le Verbe Poaimer est mené par Laurent Desvoux-D’Yrek.
     Suite sera donnée à ce livre avec A la Poursuite du Bateau-Ville, enquête, proses et poèmes...

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Photo par Marianne Christol du Bateau-Ville dans son coffre de verre

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Quelques éléments techniques du Bateau-Ville
     Des moteurs étaient placés à l’intérieur du bateau et permettaient d’actionner le système rotatif des rames métalliques. Les deux moteurs originaux (un avant et un arrière) ont été remplacés.
     Le socle de la maquette a été traitée contre la rouille, repeinte de la couleur du sol afin qu’il s’efface le plus possible.
     Un système de patins fait la jonction entre ce socle métallique et la coque de résine. Ces patins articulés permettent d’épouser les formes de cette coque et stabilisent parfaitement la maquette.
   Afin de protéger la maquette des facteurs d’altération humaines et environnementaux, une vitrine en makrolon a été conçue spécialement.
    Le système électrique est relié à un bouton poussoir, placé à l’extérieur de la vitrine, permettant d’actionner quand il est nécessaire le mécanique électrique, pendant un laps de temps défini. Ce procédé permet de diminuer la fatigue électronique des composants.

      Ces éléments techniques ainsi que les informations concernant l’équipe de restauration du Bateau-Ville proviennent pour partie du diaporama présenté à la Fête du Patrimoine 2011 par l’équipe de l’école Condé à Paris.

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D’où vient le bateau-ville et son lieu port d’attache - Texte extrait des Ailes des Châteaux

      a) Le bateau-ville est d’origine mystérieuse.  L’une des hypothèses du groupe de restauration est qu’il ait été conçu par des prisonniers comme passe-temps. J’ai consulté un livre sur les maquettes dans une médiathèque de Bretagne expliquant que les marins, prisonniers dans les cales, autrefois fabriquaient de petites maquettes de bateau en échange de quelques maigres bénéfices. Mais rien à voir avec la taille de 3,5 mètres du bateau-ville ni avec sa sophistication électrique. Mon père l’avait reçu de l’acteur auteur Romain Bouteille qui l’avait acheté à la brocante de Clignancourt au tournant des années soixante et soixante-dix et l’avait installé à demeure au Café de la Gare, l’antre des géants du café-théâtre qui y inventait de nouveaux codes pour la scène et la vie, jusqu’à ce que des trépidations  d’un cours de danse africaine ne menaçassent de faire choir de haut le bateau suspendu. Pendant dix ans, toutes les années quatre-vingt-dix, sans trop en être conscients, nous avons été, ma femme et moi, les gardiens du bateau-ville, mon père lui en était le guide pour les visiteurs ébaubis qui ne s’attendaient pas à transports maritimes, artistiques, poétiques dans le garage d’un vieux pavillon en banlieue-sud.

     b) Ce bateau-ville est d’origine mystérieuse. Dans le rapport de stage de la première équipe de restauration, tu as pu lire qu’il était peu probable qu’il ait été conçu par un seul homme, car le travail total de création est estimé à quatre années pleines ; le rapport signale que la maquette n’est pas de style uniforme et que son hétérogénéité même impliquerait que plusieurs pattes l’aient tour à tour façonné. Ces deux arguments sont en espèce aisément réfutables ; un passionné peut bien passer des milliers d’heures pour son chef d’œuvre, pour son grand œuvre ; l’aspect hétérogène est à ton avis concerté et serait plus à référer à une esthétique du contraste, de la surprise, de la disproportion voulue, aussi bien pourrait-on lui accoler l’adjectif baroque ou surréaliste, selon l’époque que l’on préfère. Et c’est aussi ce côté étrange de bel objet hors normes qui a plu à ton père qui rêvait de voir la maquette géante être placée dans le corps d’une bouteille géante, petit clin d’œil au nom du donateur Romain Bouteille et gros clin de l’autre œil à ces objets navires pliés et retrouvant relief insérés dans les bouteilles avec tout un jeu de fils pour l’armature, fermées d’un bouchon de liège et posées bibelots en leur écrin sur les cheminées, sur les commodes et les fenêtres avec vue parfois sur les rivages où de temps à autre s’échouent des bouteilles à la mer avec de mystérieux ou de ludiques, voire de testamentaires messages.

     c) Leur bateau-ville est d’origine mystérieuse. Sa femme Brigitte a formulé une hypothèse inspirée de la vie de ville portuaire qu’elle a connue ; des maquettes de bateau y sont consacrées en ex-voto avant le départ des marins pour les protéger d’un péril maritime. Vu l’ampleur du bateau, elle pense qu’il peut s’agir d’une activité collégiale de moines qui ont fait de leur passe-temps œuvre utile car protectrice. Dans une église de bord de mer qu’ils ont visitée cet été, un bateau suspendu n’a jamais la même direction, c’est qu’il indique le sens du vent, n’est-ce pas Madame Yvette que le bateau il signale où va le vent. En ce mois d’août Laurent-Marin est allé rendre une visite à l’équipe de restauration du bateau-ville L’Haÿssien, le professeur encadrant pense peu probable une réalisation monacale en raison de l’importance des éléments de guerre aux extrémités. Certes ces forces boulets et canons miniatures ne sont pas très spirituels, mais Saint-Georges lui-même n’était-il pas armé contre le Dragon ? Les stagiaires plaçaient méticuleusement les derniers détails de décoration sur le bateau qui en fourmille avant de recevoir sa protection de verre en septembre, ne pourrait-on lui donner forme de bouteille ou un rappel d’un tel contenant ? - ce qui aurait correspondu au vœu de son père. Le budget alloué ne le permet pas d’autant que toute la réparation du système électrique s’est invitée. Dans quelques années peut-être la bouteille-bateau-ville pourra-t-elle être vue par les hublots du centre-ville, comme un rêve de marin ivre prenant corps au petit matin ?

     d) Votre bateau-ville est d’origine mystérieuse. Il aurait été destiné à un décor de théâtre ; mais trop de détails dans les aménagements eussent été hors de portée des spectateurs. Il aurait été destiné à un décor de cinéma ; mais aucun illusionnisme ne viendrait en faire un modèle réduit de vaste navire. Il aurait été destiné à parer une vitrine de grand magasin, il me semble qu’il faudrait aussi parer cette hypothèse mais par quels arguments ? pas de rapport avec les vitrines habituelles de Noël ? trop de temps pour confection d’un objet à vocation temporaire ? taille trop importante de la maquette ? éléments guerriers ou religieux peu en lien avec le monde marchando-festif ? L’artiste ou artisan passionné du bateau-ville a traversé les dernières années historiques du Surréalisme et je pense que le André Breton de Nadja qui s’émerveille des objets singuliers trouvés aux puces aurait été enchanté par cette manière de bateau-fantôme, de bateau-univers à part d’ombre débarqué à celles de Clignancourt à la fin des années soixante – pour élever le regard dans le plus célèbre des cafés-théâtres de la capitale. Lors du samedimanche de la fête du patrimoine, le bateau-ville sera porté du pavillon où il connut double vague de restauration jusqu’à la place où les habitants lui feront fête avec le petit monde associatif, avant qu’il ne soit  élevé, porté à bouts de bras par de fiers gaillards en dernier voyage périlleux, jusqu’à l’étage de l’Auditorium où il sera admiré par tous les auditeurs et spectateurs des saisons culturelles à venir et où les fenêtres hublots lui feront clins d’œil maritimes.

Texte t597 écrit dans des cafés de Paris et de L’Haÿ-les-Roses les 26 et 27 août 2011. Peaufiné « alordinateur et alâmaison » le 28. Alexandrin de titre venu le 18. In La Ballade du Bateau-Ville, Le Verbe Poaimer, 2013.

     Laurent DESVOUX Ma vie en quiz, (2007-2012), titre devenu Les Ailes des Châteaux, quatre tomes écrits pour un ensemble de sept prévus.


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Photo par Marianne Christol d'une partie du Bateau-Ville

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31 huitains du Bateau-Ville au long cours
par Laurent DESVOUX

Sur le bateau le bateau-ville Dans les enseignes des échoppes
Les noms des stands, sur les maisons Sur les flancs et sur les hauteurs
Sur la résine pour la mer Sur les chaloupes et les arches
J’ai cherché le nom de l’artiste Qui se camoufle et se révèle

Texte t374 dans un parc francilien le mardi 12 avril 2011.

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Bateau donné par les Dyrek Un cadeau pour la Batothèque
Avec des heures de restau Comme pour médiéval château
Du reste on dirait ville forte Du reste on dirait une eau-forte
Camilion sortit du garage Et de ce gros poisson hors d’âge

Texte t375 dans un parc francilien le mardi 12 avril 2011.

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Une visite à ce bateau Ville cathédrale et château
Village et fortification Et de pleine imagination
C’est une énigme et c’est un jouet Une maquette et ce ballet
La savante machinerie D’ampoules, de rames, de vie

Texte t376 dans un parc francilien le mardi 12 avril 2011.

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L’homme qui s’appelle Bouteille Avait offert cette merveille
Un bateau-ville un bateau-monde Qui va sur la Terre et sur l’onde
Les maisons y sont sur les flancs Mais où sont donc passés les gens
Les gens qui furent des marins Qui étaient humains à tous crins

Texte t379 écrit en marchant dans des rues des Hauts-de-Seine
le mercredi 13 avril 2011.

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François a reçu sans hasard Bateau du Café de la Gare
Navire qui fut suspendu Au théâtre qui a pondu
Nombre d’événements du rire Mais qu’allait faire ce navire
A Paris avant ce rivage A L’Haÿ-les-Roses-sur-plages ?

Texte t380 écrit à un arrêt de bus puis dans un bus transbanlieus’art
le mercredi 13 avril 2011.

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François – c’était pas Le Lionnais Romain – c’était pas le Nequeau
L’un de l’autre reçut bateau Avec en ses voiles vent frais
François, Romain, deux comédiens Peut-être tous les deux marins
Vivre et mourir sont des voyages Au long cours mais pour quels rivages ?

 Texte t381 écrit dans un bus transbanlieus’art le mercredi 13 avril 2011.

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Nous fûmes dix ans les gardiens Du bateau-ville L’Haÿssien !
Dans cette rue Julien Victor Au garage le château fort
Et dire que notre chaton Est né au bord de ce Poisson !
Et à présent la nave va Au Voyage qui Vous rêva !

Texte t382 dans un parc francilien le jeudi 14 avril 2011.

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Moi qui cherchais la signature De l’artiste sur chaque mur
La devinant dans les maisons… Se cachant sous un paillasson…
Un ami m’a dit c’est sa vie C’est l’œuvre de toute sa vie
Alors nul besoin de signer Il est le bateau tout entier

Texte t383 dans un parc francilien le jeudi 14 avril 2011.

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Ville, village, fête et rame Bateau, château, monde, sésame
Œuvre d’un artiste qui mit Sa pâte pour cosmogonie
Parti l’artiste y résidant Son peuple petits habitants
Ce jour le peuple est de retour Pour voir Bateau ville en plein jour !

Texte t384 dans un parc francilien le jeudi 14 avril 2011

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Rames grecques par esclavage Fête foraine de village
Pont avant riche artillerie Remparts de haute médiévie
Maisons aux formes inventives Grandes voiles par-dessus rives
Tous lieux tous temps en minutie Le grand navire d’imagie

Texte t385 dans un parc francilien le jeudi 14 avril 2011.

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Qui donc a fait le bateau-ville ? Un groupe d’étudiants dociles ?
Des prisonniers pour s’évader Grâce à la maquette en trois D ?
Un artiste pour un décor De magasin ? de film encor ?
Est-ce le créateur d’un monde D’un songe en filets à la ronde ?

Texte t386 dans un parc francilien le jeudi 14 avril 2011.

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Mon père rêvait le Bateau Dans une bouteille sans eau
Regardez parmi les bicoques Une en forme de cœur et coq !
Et maison du souffleur de verre Qu’il souffle jusqu’au septième air !
Et la bouteille fluctuat Nec mergitur et à Dieu vat !

Texte t387 dans un parc francilien le jeudi 14 avril 2011

Bateau fantôme ou bateau vif Bateau royaume ou château d’If
C’est un navire suspendu Au-dessus de l’espace et du
Temps pour enjamber les soleils Temps par-dessus bord et sommeils
Chaloupe vive nef fantôme Arche traversant psaume et paume

Texte t389 écrit dans un parc francilien le vendredi 15 avril 2011.
Premiers vers venus en marchant en prenant la voix de Rouben.

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En prenant la voix de Rouben Je me suis mis dans cette veine
Pour la venue au monde d’un Bateau ville au premier matin
Ou serait-ce la nuit ultime Débordant nos actions, nos rimes
Dans l’attente qu’au colombier Revienne un rameau d’olivier

Texte t390 écrit dans un parc francilien le vendredi 15 avril

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Une ville sur un navire - Il y aurait beaucoup à dire…
- Alors dis-le pour agrément Comme aux voiles pour le gréement
Le vent pour épauler les rames - Combien de feux et combien d’âmes
Et combien de destinations De proche à lointain et profond ?

Texte t391 écrit dans un parc francilien le vendredi 15 avril 2011.

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Un bateau qui porte le monde ? Le monde qui porte un navire ?
Que pouvez-vous dire à la ronde Au carré que pouvez-vous dire ?
Pour moi c’est un bateau fantôme Qui traverse tous nos royaumes
Par-delà châteaux et jardins Dans le jour et la nuit de l’Un

Texte t392 écrit dans un bus transbanlieus’art le vendredi 15 avril 2011.

*

Un bateau qui porte une ville Aux habitants pour quel exil ?
Bois de tonneaux, barriques, caisses Voiles, chaloupes qui paressent
Bancs, charrettes et chapiteaux Sous les fenestres du château
Sont-ce pour gueules des canons ? La colombe arrive – Mais non

Texte t393 écrit dans un parc francilien le vendredi 15 avril 2011.

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Par la fente de ce nimbus Les rayons obliques qui fusent
Me rappellent du bateau-ville Les rames qui pourraient blanchir
Le flot bleu de la mer cosmos L’homme et la nature en osmose
Prier cependant la madone Que ne se perdent bateaux hommes

Texte t394 écrit dans un parc francilien le vendredi 15 avril 2011,
fini « alâmaison » le 16.

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Les maisons accrochées à flanc Ça rappelle le bateau-ville
Le soleil est rouge dedans Ne te découvre pas d’un fil
Qui donc serait le capitaine Je n’en vois pas le gouvernail
Je prenais la voix de Rouben Quand Christoph’ Colomb le travaille

Texte t395 dans un parc francilien
puis dans un bus transbanlieus’art le 16 avril 2011.

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Les rires Café de la Gare Sonnent autour du bateau d’art
Coluche, Dewaere, Sotha Bouteille, Minet, Mann, les voix
De ceux qui montèrent sur scène Miou-Miou Manesse, Guybet La
Motte, Gégé, Haas, Mitry, reines Et rois du gag avec éclats

Texte t396 « alâmaison et alordinateur » le dimanche 17 avril 2011.

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Nous les enfants des comédiens Nous étions invités à peindre
Les murs, les portes, les recoins Du Café de la Gare foin
Des applications avec soin On peinturlurait sans se plaindre
En s’amusant et en gamins Les adultes de ce temps loin

Texte t397 « alâmaison et alordinateur » le dimanche 17 avril 2011.

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J’ai vu Coluche sur sa scène ! François et Gilles sur sa scène !
Café de la Gare sur Seine François et Thierry nous le mènent
Ce bateau-ville qu’il surprenne La banlieusarde L’Haÿssienne
Un jour avec une remorque Comme un immense et très bel orque !

Texte t398 dans un parc francilien le dimanche 17 avril 2011.

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La salle de danse africaine Son lot de vibrations entraîne
Et la maquette suspendue Pouvait céder alors perdue
François amateur d’insolite Rebondit à parole dite
De Romain et le bateau-ville Poursuit sa quête et son exil

Texte t399 dans un parc francilien le dimanche 17 avril 2011.

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Sous le village en sa hauteur S’étend un drapé de couleur
Qui sur ses bords métamorphose En petits bonshommes qui osent
Danser danser venant à vivre Alors pour la rime et la vie
Je rappelle que François dit Disait si bien « Le bateau ivre »

Texte t400 dans un parc francilien le dimanche des Rameaux 17 avril 2011.

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La vie est violente et vile Même à bord de ce bateau-ville
Transport fantôme dans la guerre Des mondes autour de la Terre
Mode rafale de mes mots Pour en prendre mille photos
La nave va voyage un peu Sous le soleil à travers feu

Texte t497 écrit dans un parc francilien le 1er juillet 2011.

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L’hypothèse que fait Brigitte Une maquette par des moines
Indice serait le Visage Du portrait de la Vierge à bord
Des moines sur un bord de mer Prions pour les marins qui partent
Et qui ne reviennent pas tous Du grand voyage après les phares

Texte t498 écrit dans un parc francilien le 1er juillet 2011.

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C’est la galère ce bateau Rameurs ramez pas du gâteau
Mais à l’étage supérieur Fête foraine pour rieurs
Où les rameurs ? où les rieurs ? Bateau fantôme de malheur ?
On fait le tour de ce bateau Qu’on s’appelle France ou Otto

Texte t499 écrit dans un parc francilien le 1er juillet 2011.

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Où sont rameurs ? où sont lutins ? Vous êtes à bord d’un huitain
Visages de Vierge et Voyante Portraits qui chantent qui enchantent
Où sont les artistes ? leurs mains ? Où va la nave ? quels chemins ?
Pas de GPS à l’époque Le capitaine absent s’en moque

Texte t500 écrit dans un parc francilien le 1er juillet 2011.

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Bateau qui fonce dans la nuit Bateau-mystère qui s’enfuit
Bateau ville village et fête Bateau victoire chants défaite
Bateau soleil et bateau lune Bateau destin rires fortune
Bateau qui fonce vers le jour Bateau lumière temps amour

Texte t501 écrit dans un bus transbanlieus’art francilien le 1er juillet 2011.

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Les échelles sont différentes Des personnages tous absents
Cela irait du simple au triple Entre les festifs du dessus
Et les rameurs à fond de cale Quant aux spectateurs du Bateau
Ils sont encor plus Gulliver Mais des cirons dans l’univers

Texte t502 écrit alâmaison et alordinateur le 1er juillet 2011.

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Pour le bateau-ville au long cours C’est fête dans le centre ville
Danses, théâtre, poésiles Animations au clair du jour
Lui par sa fenêtre de verre Regarde ce monde qui vibre
Or il conserve son mystère Dans son port d’attache il est libre !

Texte t503 écrit alâmaison et alordinateur le 1er juillet 2011.

Une laisse de huitains par Laurent DESVOUX en Île-de-France


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AUTOUR DU BATEAU-VILLE
               ET DE FRANÇOIS DYREK

 
« CHRONOLOGÎLES » DU BATEAU-VILLE

Du bateau ivre au bateau-ville

Du bateau ivre rimbaldien
   Dont il était le diseur d’encre
Au bateau-ville L’Haÿssien
   Dont il rêva bouteille d’ancre
François Dyrek le comédien !

Texte u609 de Laurent 2D
en Bretagne le 5 novembre 2012, commencé à L’Haÿ-les-Roses le 1er.

Îles Années 60 : décennie vraisemblable, d’après ses matériaux analysés par les restaurateurs, pour la construction du bateau-ville, de quasiment trois mètres cinquante de longueur, par un ou plusieurs créateurs inconnus et pour un usage inconnu. Le style du bateau n’est « pas classique », mais « baroque », « surréaliste » selon ses admirateurs étonnés, car nous avons affaire à une œuvre artistique étonnante à bâbord comme à tribord et ce de proue en poupe. La revue Pilote voit apparaître Les aventures de Philémon, de l’auteur-dessinateur Fred, où le personnage oscille sans cesse  du monde réel au monde onirique des lettres de l’Océan Atlantique formant des îles…

Îles 1968-69 : un brocanteur achète la maquette à un antiquaire, la maquette est revendue à Romain Bouteille, le futur auteur du Cracheur de phrases. Un certain mai voit fleurir le pavé de Paris et des idées nouvelles de libération des mœurs.
 
Îles 1969 etc : Romain Bouteille et d’autres jeunes comédiens, qui vont réveiller, bousculer, dynamiser l’activité théâtrale par des comédies à haute dose d’imagination débridée, de fantaisie verbale, de portraits caustiques, créent à Montparnasse « Le Café de la Gare », le premier et le plus important des cafés-théâtres pour tours de chant avec sketches en ouverture puis pièces comiques délurées. L’esprit collectif et aventureux de l’époque y battra à plein et de fortes individualités s’y révéleront de Sotha à Coluche, de Henri Guybet à Miou-Miou, de Patrick Dewaere à… l'équipe du Splendid. Pendant que le café théâtre du Splendid à 300 mètres était en construction, leurs comédiens ont été invités par le Café de la Gare à jouer Le Graphique de Boscop de Sotha, qui avait besoin, succès oblige, de faire jouer la pièce deux fois par soir et donc de dédoubler la distribution. Ainsi se sont retrouvés sur scène, entre autres : Thierry Lhermitte, Martin Lamotte et… François Dyrek, qui, lui, avait intégré la troupe peu avant, dans les Semelles de la nuit, pour remplacer Patrick Dewaere, parti faire du cinéma…
 
Île 1972 : Patrick  Dewaere avait retrouvé l’été 68 Annie et François Dyrek qui connaissaient depuis des années Patrick en enfant-comédien avant qu’il ne devienne la vedette à cœur et à cran que l’on sait ; il les informe que le théâtre va être  transféré rue du Temple et qu’il a besoin de financement des amis comédiens… Le hasard voulut qu’Annie et François qui avaient une belle somme de côté grâce au film La Bande à Bonnot, avec Jacques Brel, Bruno Cremer, Annie Girardot, Jean-Pierre Kalfon (de la famille d’Annie!), et Dominique Collignon-Maurin (un frère de Patrick Dewaere !) et consorts, se dirigeaient vers un grand magasin pour s’acheter une chaîne musicale dernier cri, et chemin faisant accordèrent l’essentiel de leurs économies pour le financement du Café de la Gare. Le couple Dyrek va être le premier à prêter une somme à Romain Bouteille et le dernier à réclamer la somme en retour quelques années plus tard. Romain à cette occasion invitera le couple au restaurant. Le nouveau lieu du café-théâtre en 1972 est peint pour la décoration intérieure avec l’aide des enfants des comédiens, ainsi les trois frères Gilles, Thierry et Laurent, fils d’Annie et de François, s’en donnent à cœur joie. François Dyrek, formé au cours Simon, participera au « Théâtre National Populaire » de Georges Wilson, puis au « Théâtre de l’Est Parisien » de Guy Rétoré, avant de rejoindre la joyeuse équipe du Café de la Gare, avant d’autres aventures théâtrales collectives comme « Les Boucles de Marne » avec Pierre Santini.
 
Îles 1972-1973 : la maquette arrive au théâtre, exposée dans le hall, puis dans plusieurs espaces du théâtre, elle est suspendue in fine non loin des places des spectateurs. Qui pouvaient la voir en montant l'escalier qui menait à la caisse du théâtre, alors en hauteur.
 
Îles 1990-1991 : Tout autour du café de la Gare, dans la cour, le centre de danse du Marais s'est développé ; enfant,  Laurent 2D à voir les claquettistes à l’étage par les grandes baies vitrées avait rêvé de faire un jour aussi chanter les planches.  Une salle de danse africaine fait vibrer le bateau par les trépidations des danseurs, le bateau doit trouver un autre havre, Romain Bouteille le donne à François Dyrek - Dans le souvenir de Gilles Dyrek, « l'histoire est encore plus jolie que ça : à chaque fois qu'il allait au Café de la Gare, Papa prenait le temps d'admirer le bateau à voix haute. Un jour Romain lui a simplement dit "arrête de le trouver beau et prends-le, je te le donne, il est à toi" - qui l’accepte de bonne grâce et le place, aidé par ses fils Gilles et Thierry, dans son pavillon au garage dans les confins de L’Haÿ-les-Roses, dans une rue qui associe, selon le témoignage du plus vieil habitant de cette rue, les deux prénoms de deux frères y ayant bâti les premières maisons.
 
Îles 1991-1999 : Brigitte et Laurent, habitants du pavillon pour une décennie, sont les gardiens du Bateau-ville, le père François organise des visites commentées du Bateau-ville. Il rêve de faire fabriquer une bouteille de verre, géante et transparente et d'y placer le bateau à l'intérieur ; destin fréquent des petites maquettes de bateau d’être placées dans une bouteille, mais projet plaisant aussi par rapport au nom du premier propriétaire. Un chaton nommé Camilion naît dans le garage sous la maquette et devient vite la coqueluche du voisinage. Gilles Dyrek dans le sillage de François joue et crée des pièces avec un grand sens du rythme et de belles mises en boite de nos contemporains au Café de la Gare et sur d’autres scènes parisiennes : Le Projet – titre provisoire, La Touche Étoile, Venise sous la neige...

     Chronologilles. Gilles Dyrek raconte : « En 1984, après le bac, avec une bande de copains, dont Pascal Lahmani et Dzovinar, j'ai monté ma première pièce et je suis allé naïvement au festival d'Avignon pour la jouer en plein air devant le Palais des Papes. En arrivant en ville, j'ai vu un panneau "le Café de la Gare ne fait pas de publicité". Je suis aussitôt allé voir Romain Bouteille pour lui demander s'il pouvait me prêter une chaise pour jouer ma pièce (j'avais pensé à tout sauf à ça !). Il m'a donné un tabouret de toile qui a fait tout mon bonheur. En 1987, je suis tombé à la maison sur une lettre-circulaire de Sotha à ses amis, dont Papa donc, qui leur demandait de l'aider financièrement à réaliser son nouveau film Tant pis si je meurs. Comme je venais de voir un excellent court-métrage qu'elle avait réalisé et surtout que je venais de toucher ma première paye de comédien chez Santini dans Le Malade Imaginaire, j'ai appelé Sotha et je lui ai demandé avec toute ma naïveté si, moi aussi, je pouvais prêter de l'argent… Ma proposition l'a beaucoup touchée (au point de me proposer quasi immédiatement de jouer dans le film et d'ainsi partir 2 mois à la Guadeloupe…) mais surtout la formulation. Pour ce qui me concerne, ça a été le début d'une belle histoire avec le Café de la Gare et le point de départ de ma fréquentation assidue du lieu. Et j'ose avouer, que, pour moi, le Bateau-ville, n'était qu'un bel objet au milieu d'un bel endroit qui avait une belle âme et rempli de poésie et de culture. Tout y était beau : les peintures d'enfant que tu mentionnes, l'architecture tarabiscotée du lieu, la grande roue pour le tirage au sort des prix des places, les livres à disposition du public dans le hall, et évidemment la générosité des gens du lieu, leur façon de vivre en habitant sur place (Sotha a toujours son appartement en hauteur avec accès notamment par la salle, et de nombreux artistes ont vécu sous les gradins) et la liberté de ton des spectacles de Romain et Sotha, ainsi que toutes les fantaisies autorisées (voire obligatoires) dans le jeu des comédiens. Tout ça pour dire, mais c'est très personnel, que le bateau, je le voyais sans le voir.
Ensuite, en 1988, j'ai monté mon premier spectacle de sketches (de Dabadie) à l'école « L'entrée des Artistes » d'Yves Pignot. Philippe Rony est venu voir le spectacle en voisin, avec sa fille Manon sur les épaules. Puis il m'a dit "Si tu veux venir jouer chez nous un soir, c'est gratuit pour les copains".
En 1990, Sotha m'a proposé de m'installer au Café de la Gare pour l'été et d'en être le gardien en leur absence (ils partaient alors tous dans leur moulin du côté du Puy en Velay). J'ai donc été, entre autres choses, gardien du bateau, mais là encore, je le voyais sans le voir. Il faut dire qu'il était en hauteur…
Puis j'ai présenté mon premier spectacle au Café de la Gare Bonsoir Paris d'abord un soir, puis deux semaines au printemps suivant. C'est, je pense, à toutes ces occasions que j'ai des images de Papa au Café de la Gare (certainement venu pour me voir jouer) admirant le bateau. »
 
Île Été 1991 ; création de l’Association du Verbe Poaimer par Brigitte, Laurent et Thierry. François réalise le logo modulé sous les formes des bonhommes-livres. L’année suivante est lancée la revuette  « Jeux d’Epreuves » qui deviendra vraiment une revue en 2009 avec les éditoriaux et la conduite de Brigitte Moyon-Dyrek, préfacière des récentes anthologies poétiques, Les Acrostiches de la Liberté, Les Rondeaux de la paix, puis Les Huitains de nos fêtes.
 
Île Décembre 1999 : quelques jours avant la tempête du siècle, décès de l’acteur François Dyrek, qui a eu une belle carrière au théâtre, à la télévision par exemple dans les fameux feuilletons télévisés « Jean-Roch Coignet », « Mandrin » ou les inoubliables séries policières « Les cinq dernières minutes », « Maigret », et au cinéma avec des films notamment d’Enrico, Fourastié, Faraldo, Verneuil, Tavernier, Boisset, Heynemann, Coluche, Schoendoerffer, Annaud, Sentier, Gainsbourg, Zidi, Granier-Deferre, Fansten, Bertucccelli.  François, fin diseur de poèmes, interprétait avec une belle sobriété mêlée d’émotion contenue les cent vers du « Bateau ivre » de Jean-Arthur Rimbaud en famille et dans les occasions de fêtes de la ville – à tel point qu’Annie Dyrek y voit la source de l’intérêt que portait François au Bateau-ville.
 
Île An 2000 : la famille Dyrek lègue le Bateau-ville à la ville de L’Haÿ-les-Roses avec le cap sur le nouveau millénaire.
 
Île 2001 : création du théâtre François Dyrek à Joinville-Le-Pont par Claude Mann, cet acteur de théâtre et de cinéma – avec des films de Demy, Melville, Téchiné, Costa-Gavras, Visconti, Duras et Lelouch - et metteur en scène, il travailla au Café de la Gare aux côtés de Romain Bouteille et de François Dyrek qui prendra part au projet de théâtre en bord de Marne de Claude. Claude Mann intègrera le jury du prix François Dyrek créé par l’Association du Verbe Poaimer parallèlement au prix Rouben Melik, figure poétique de L’Haÿ-les-Roses.
 
Îles 2000-2010 : le bateau est entreposé dans plusieurs lieux de la ville : garage de la bibliothèque municipale, hangars des Tennis couverts, garage de la Maison du Roman Populaire. Il y est endommagé par l’humidité et les moisissures.
 
Îles 2010-2011 : restauration minutieuse sur deux périodes estivales par des étudiants de l’école de Condé dans un pavillon appartenant à la mairie en centre-ville : dépoussiérage, reconstitution de parties manquantes, démontages de certains mécanismes et restauration des petits moteurs électriques. La commission du patrimoine de L’Haÿ-les-Roses décide que la fête du patrimoine 2011 sera consacrée au Bateau-ville. Annie Dyrek fait partie de cette commission, elle a créé le café-philo de L’Haÿ-les-Roses avec un beau succès.
 
Île Printemps 2011 : visites guidées par Ghylaine Péry chargée du patrimoine ; c’est à Ghylaine qu’on doit l’appellation « Bateau-ville » pour la maquette géante ; des poètes, venus de Paris et de son agglomération, après observation ou imagination du Bateau-ville composent des poèmes en vers libres ou réguliers, des récits et des chansons, des textes venant appuyer l’exposition de la maquette.
 
Île Eté 2011 : conception de cette présente chronologie en m’appuyant sur des souvenirs, des recherches documentaires et sur des éléments du rapport de restauration établi l’été précédent ; réalisation d’une plaquette par la ville comportant les poèmes et de kakémonos porteurs de quelques strophes. Nous sommes dès lors animés du projet d’une anthologie de l’Association du Verbe Poaimer qui reprendra ces poèmes et divers textes liés au Bateau-ville.
 
Îles 18 septembre 2011 et après : dans le cadre de la fête du patrimoine 2011, le Bateau-ville est fêté. Il est exposé le temps d'une journée, sur la place devant l'Auditorium et la maquette a pu voir le spectacle donné en son honneur sur cette place avec de la poésie, de la musique, de la danse, et même des chants de marins… Il intègre son nouveau lieu d’ancrage : l’Auditorium Dispan de Floran. Il y est présenté sous vitrine en pavé droit de verre et par la suite il rencontrera les publics qui viennent assister aux représentations de musique, de danse,  de théâtre et qui pourront l’admirer dans son ensemble et ses détails, lui « le bateau fantomatique », le « bateau rêve », le « bateau gigantesque », cette « arche biblique », « cette merveille », cette « ville ardente », cette « ville construite sur un bateau », cette « arche dans la tempête », cette « utopie décorative », « cet étrange objet », ce « bateau libre », ce « bateau file », cette « énigme », ce « jouet », ce « bateau-monde », cette « savante machinerie », ce « bateau vif », ce « bateau royaume »… Vous pourrez, à loisir, vous inspirer de ces dénominations, et en formuler d’autres pour des hymnes, des odes, des ballades en vers ou en prose…
 
Îles Printemps 2013 etc. Printemps des Poètes sur le thème des voix. En divers lieux de L’Haÿ-les-Roses les voix du Bateau-ville auront été données à entendre et sa Ballade à écouter, à espérer des mises en musique et en spectacle. L’enquête sur l’origine du Bateau-ville continue, pour savoir comment il a pu se retrouver aux Puces de Clignancourt avant l’aventure du Café de la Gare. Toute personne faisant avancer notre maritime enquête se voit offrir un exemplaire du présent livre.

Texte t506 Laurent DESVOUX-DYREK écrit les 5 et 6 juillet 2011 à quelques encablures du Bateau-ville en Île-de-France. Peaufiné avec Brigitte Moyon-Dyrek le 12. Puis en 2012 avec des souvenirs d’Annie Dyrek et des apports d’informations et de formulation par Gilles Dyrek.

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FRANÇOIS DYREK (1933 – 1999)
 
     François Dyrek était comédien. Il s’installe à L’Haÿ-les-Roses en 1977 où il vit jusqu’à sa mort survenue juste avant l’an 2000.
     Il commence par mener une riche et passionnante carrière au théâtre, alternant les expériences de troupe avec des équipes prestigieuses : Théâtre National Populaire, Théâtre de l’Est Parisien, Compagnie du Vieux Colombier, le Café de la Gare…
     A partir de la fin des années 60, il multiplie les rôles au cinéma et à la télévision, et son visage devient vite familier au grand public.
     Son ami Claude Mann lui a rendu hommage en nommant son théâtre de Joinville « Théâtre François Dyrek ».
     Il a toujours prêté son concours de bonne grâce à la vie L’Haÿssienne, participant, entre autres événements, à l’anniversaire des 100 ans de la Roseraie, à de nombreuses fêtes de quartier, à des Noëls des écoles, à des galas de charité à l’auditorium, à des fêtes d’associations, à des commémorations. Il y disait volontiers des poèmes et interprétait des chansons avec fantaisie et talent.
     Il a également participé à la création, avec Francine Michiels, de la Compagnie théâtrale du Moulin dont il fut le premier Président d’honneur.
     Vous avez pu également l’applaudir à de nombreuses représentations de l’Association du Verbe Poaimer aux côtés de son fils Laurent DD et de sa belle-fille Brigitte Moyon-Dyrek.
     Sa famille a fait don à la ville du Bateau-ville, qu’il avait lui-même reçu en cadeau de ses amis du Café de la Gare.
 
 Texte écrit par Gilles DYREK en Île-de-France l’été 2011.

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VOYAGE EN COMÉDIE

Ecrit en 1991 par François Dyrek

Fallait-il appartenir à toutes ces :
bande à Bonnot (film Philippe Fourastier)
bande des Stéphanois (film « Le Shériff juge Fayard » Y. Boisset)
bande à Mandrin (feuilleton Fourastier)
bande à Macki (« Opéra de 4 sous » Brecht TEP)
bande à Romain Bouteille (Café de la Gare)
bande à Debauche (« Les Misérables »)
bande à J.P. Bisson (Sarcelles sur Mer – « Smoking »)
pour aujourd’hui appartenir à la bande à Jacques Ansan qui monte Pinocchio ?

Fallait-il pour interpréter ce Gepetto menuisier, avoir été compagnon charpentier (Dolois cœur en joie dans « les Colonnes du ciel » de B. Clavel) et ce au 17e siècle ? Peut-être oui. Le temps que la bûche soit tricentenaire.
Fallait-il en passer par la vie de Château et posséder Versailles (Louis XVI « La vie de Marie-Antoinette ») ou le Château d’Angers (baron d’« On ne badine pas avec l’amour ») ou le Château du Médoc (« Flagrant Désir » : Faraldo) ou en être simplement le gardien « Les Carnassiers » film de Boisset
pour interpréter ce crève-la-faim de Gepetto ?

Pour se faire passer les menottes fallait-il avoir été commissaire :
au Gabon « Equateur » de Gainsbourg,
en Province « Maigret et l’enfant de cœur »,
de Roissy « Issue de secours » de Joyce Bunuel,
au théâtre du Tourtour « Clara » d’Arthur Miller,
ou gendarme : « Le Crabe - tambour », « Le Gaffeur »,
ou flic : « Themroc » de Faraldo,
ou assassin ou inculpé dans divers « 5 dernières minutes » ?

Fallait-il sillonner :
la Sologne « Marcheloup - Raboliot » de M. Genevoix
la Bretagne, téléfilms d’Hervé Baslé
les Vosges « Le Mécréant » de Jean L’Hôte,
pour faire partie des gens du voyage ?

Fallait-il feuilletonner dans :
« Gaston Phœbus » (Ernauton)
« Les Mystères de Paris » (Le Chourineur)
« Arcole »
Fallait-il avoir été :
soldat pour Bertolt Brecht « Mère Courage »
et « Le Cercle de Craie Caucasien » (Jean Prat)
para pour Laurent Heynmann « La Question »
et passer plusieurs fois la Bérézina :
soldat « La Franchise » ( Jean-Roch Coignet)
et « Adieu » (P. Badel)
au point de ne plus savoir si, mêlant réalité et fiction, ses origines polonaises ne remonteraient pas en amont, à un grognard breton ?

Ces métiers divers :
chantier naval pour « Un changement de saison » (J. Krier),
forgeron « Les blancs pâturages » (M. Subiela),
« Les Ferrailleurs des Lilas » (J.P. Sassy),
berger « Thomas Guérin retraité »,
et ce curieux parcours fait
en tracteur « Tu sillonneras la plaine » (Subiela)
en tombereau « Gustalin » (Marcel Aymé)
en locomotive « Antoine Bloyé » (Bluwal)
en bateau « La Mer promise » (Ertaud)
en péniche « L’écluse du temple »

pour arriver à Gepetto
et finir dans le ventre d’une baleine !

les grands malheurs et les petites misères des personnages :
professeur de chant chahuté dans « La fracture du myocarde » (J. Fansten)
le bistro incendié dans « Radio Corbeau » (Y. Boisset)

les prisons de l’inquisition :
« L’Homme de la Mancha » (Le Padre)
« Les Ténèbres envahissent la Terre »
la terrible « Affaire Rosenberg » (Lorenzi)
décapité plusieurs fois :

Louis XVI
conjuré breton dans « Que la fête commence »
conjuré Chouan dans « L’affaire de la rue St Nicaise »
… vous pétrissent.
Alors tout s’est ligué pour mettre Gepetto dans le pétrin.

Et pour veiller sur la vie fragile d’un pantin il fallait au moins avoir :
été le médecin grec Démétrios dans « La Florentine » (Marion Sarraut),
été médecin de campagne dans « Bouvard et Pécuchet »,

joué avec Julietta Masina « Aujourd'hui peut-être »
histoire de faire un pas vers l’Italie de Gepetto,

été dompteur dans « Lulu » (Théâtre de l’Athénée),
été clown dans une « Mésaventure » d’Isker,
histoire d’approcher le monde du cirque.

Alors, après le chapiteau de Silvia Monfort avec « Phèdre »
c’est aujourd'hui le chapiteau de Gennevilliers avec « Pinocchio »

      Texte écrit par François DYREK pour le spectacle Pinocchio, distribué à l'église le jour de l’enterrement, ensuite reproduit pour les fêtes du Patrimoine.
 

LA BALLADE DU BATEAU-VILLE
Le Verbe Poaimer, 2013

p63 :  Le bateau d’à côté
    Et aujourd’hui si nous partions à la rencontre d’un endroit ouvert aux quatre vents, ouvert aux quatre temps du petit et vaste monde, celui d’un lieu où le soleil tombe également sur les belles et les mauvaises rencontres, un lieu pour être plongée au cœur de l’ambivalence de la fête. C’est donner du bon temps que d’embarquer mais pas sur Cythère sur cette caravelle gonflée d’air et flambant neuve qui vient d’accoster au port où maintenant défilent des matelots : c’est une image de haute mer faisant chavirer les passants - où  après le débarquement des marchandises la mer fera tanguer et gîter le vaisseau… et filent les instants volés dans le roulis des hautes vagues.
     Jamais plus on n’entendrait aux portes des maisons siffler les épines tremblées des broussailles dans le fond du corridor de l’épaisseur rocheuse, masse de calcaire argenté cramponnée au sol, promontoire et ravin des solitudes rencognées faisant ployer de vif les vibrations naturelles. – Là, des silhouettes familières se découpent dans la lumière -. Est-ce un coup frappé dans l’église du ciel où n’entre aucun fidèle de passage. Des passants viennent frapper des ancres accrochées au mur telles des ex-voto, porte-bonheur.
     La ville se plaît de sa rage foisonnante. Elle voudrait se convaincre du contraire. Vivre et congédier le malheur pour aller quêter ailleurs les ellipses du temps ; et l’œuvre de la vie qui modèle poursuit son cours inlassablement… Est-ce une manière d’entrer en société pour mesurer et flatter les esprits sur le poids des choses ? Quelle question l’emporte sur la réponse ? Sur l’avenir de couleur incertaine, des fleurs  en procession déployées comme des arcs se profilent comme des ombres, ombres du matin que des cloches réveillent, mais du miroir poli d’où ne sort qu’une seule ombre, l’ombre de ton reflet agite une petite main. C’est l’enfance de l’art qui prend soudain la forme, la forme d’un refrain que ton sourire inonde…

Brigitte MOYON-DYREK, le 25 juillet 2012, en Île-de-France

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VI) Le bateau ivre mais la ville debout

C’est un bateau du bout du Monde
sur lequel est construite une ville
qui est la Ville tremblante mais l’Unique
où rient les enfants
           Liberté est leur nom. les sphères sont cassées,
les ellipses aussi et en la Constellation du Cygne
sur des fils d’or dansent les funambules
qui tiennent leur balancier
           En les ajoncs, en les halliers, sur le pont
dansent les matelots et sur la rive
les acclament les piroguiers
            Nu, le vent les berce et s’inachève le temps
Lors comme en rêve
je te vois monter les marches du Temple sur l’Île aux Cormorans bleus

Bernard CHASSE

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p31 VII) Le bateau-ville-miracle

Au Graal, la Coupe merveilleuse,
la Coupe en cristal qui décompose et recompose
les couleurs de l’Arc-en-Ciel
ils ont bu

Ils sont descendus
du bateau, de la ville qui les a conduits
là où ils sont
en le Pays des Fous de Bassan

sur la falaise couleur de miel
d’où s’envolent les engoulevents
Ils sont maintenant de par la ville,

de par le bateau
en le Pays des enfants
en le Pays de la Paix et de la Liberté

             Bernard CHASSE
à L’Haÿ-les-Roses en Île-de-France le 14 mai 2011.

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Le Bateau-ville

Cela se passait sous le regard muet de la déesse du Temps.

Voici, l’arche s’arrache !

Au-dessus des continents de la mémoire
Le bateau-ville a flotté
Avec ses peuples admis, hommes et animaux,
Adonnés à leurs labeurs journaliers
Avec ses galériens arrimés à leurs rames
Ô travaux obstinés des heures et des jours !

Heurs et malheurs s’échangent
Aux comptoirs du paquebot scintillant
Dans les cafés, les commerces
Les chimères se pressent, se poussent au rendez-vous
Et les doubles escaliers se perdent.

Le bateau-ville, « bateau ivre », tangue de tant d’émois

On dirait des pages d’Edgar Poe, de London, de Stevenson,
On dirait… le vaisseau fantôme qui ne cesse d’appareiller
Levant l’ancre de nos désirs, de nos dédains, de nos destins

D’entre toutes les nuées, elle se déploie la fière nef
Ouvrant la navigation errante,
Celle d’Ulysse et de vous tous mes semblables !

Jean-François BLAVIN
À Paris Bistrot Hall 1900 le 11 juillet 2011.

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     En attendant vos textes, poèmes et proses, pour « À la Poursuite du Bateau-Ville... »
     En s’activant pour la recherche de qui a créé le Bateau-Ville et découvrir... après périples internautiques...