Voici un poème inédit de Charles Dobzynski,

consacré à notre feu ami L'Haÿssien Rouben Melik,

en vers décasyllabiques à paraître sous peu :

 

Cette voix venue d'Arménie *

 

                    Rouben Melik, i.m.

                            à Séda et à Nathalie Melik

 

Mots et galets nos complices de Dieppe

Sont de la Manche une immense traînée,

Nous qui déambulions par les années,

Qu'y sont nos pas ? Des négatifs de Niepce.

Ami Rouben, ce qui nous constella

Ce fut au loin ces étoiles d'écume,

Le temps en poésie que nous vécûmes,

L'amour entier d'Éliane et d'Ella.

Ami Rouben, chaman des harmonies,

Tes vers scandaient de Nerval à Villon,

Ton rythme pur en suivant leurs sillons

Prenait l'accent secret de l'Arménie.

Tu recouvrais mémoire des ancêtres,

Vivait en toi cet alphabet sacré

De ceux par les Ottomans massacrés,

Tu retrouvas leur force par la lettre.

Du mont où l'Arche avec Noé s'ancra

Rouben, tu préservas l'éclat de neige,

L'alexandrin voltige en ton manège

Semble rouler légende d'Ararat.

Musset, ton nom masqué de Résistance,

La France aimée au tréfonds de tes vers,

         Tu en fis le miroir de l'univers,

Beauté au cœur dont rayonnent tes stances.

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* De Rouben Melik, poète français, d'origine arménienne (1921-1997) l'œuvre est riche et résonne de la mémoire de l'Arménie. Nous avons longtemps été proches et voisins à Dieppe que nous avions choisi tous deux comme séjour secondaire. (Note de l'auteur C.D.)